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Actualité LE CAMP DE GAULLE GÉNÈRE AUSSI UNE ÉCONOMIE NON NÉGLIGEABLE

Le général Jean-Pierre Perrin, qui commande les éléments français au Gabon (EFG) depuis 2018, sera relevé cet été par un nouveau Comelef. Nous avons profité de cette occasion pour faire un point avec lui après ces trois années basées au camp de Gaulle. En notre qualité de journal économique, nous avons souhaité et obtenu une énumération détaillée de ce que représente la présence des EFG au Gabon sur le plan économique.

 

Échos de l’Éco : Monsieur le Général Jean-Pierre Perrin, après trois années passées au commandement des EFG, quels sont les événements qui vous ont le plus marqué ?

Difficile de vous citer à chaud les événements les plus marquants, car le risque serait d’en oublier les principaux. La mission principale des EFG basés au camp de Gaulle est de conduire le partenariat militaire opérationnel de la France avec les armées de 11 pays de la CEEAC. Alors, au-delà des enjeux, des événements et des problématiques, ce qui m’a marqué en réalité c’est la qualité de nos échanges, la fraternité d’armes, l’accueil qui nous est réservé dans toute la zone couverte et en particulier au Gabon. Outre nos actions dans notre cœur de métier, nous avons essayé de répondre au mieux à cet accueil, en menant notamment des actions de solidarité. Résidents à Libreville, insérés dans la vie quotidienne de ceux qui nous entourent, il est normal que nous soyons impliqués pour participer à son amélioration. L’organisation au camp de Gaulle d’une collecte de sang à laquelle ont participé les militaires et leurs familles pour pallier la pénurie de sang au début de la pandémie est un exemple parmi d’autres. Nous avons aussi reconditionné 330 ordinateurs pour les offrir à des institutions scolaires, du mobilier scolaire a été livré, etc. Outre les dons, chaque année, un budget d’environ 30000 € est dédié à ce type d’actions en faveur de la population. Nous avons refait des salles de classe, comme à l’école de N’Kembo, construit des passerelles pour faciliter l’accès de l’école aux enfants, refait des pistes, comme celle du cap des Pères et celle d’Ayémé, etc.

Le Gabon est-il différent des autres nombreux pays dans lesquels vous avez œuvré et si oui en quoi se distingue-t-il ?

Le Gabon a des points communs avec d’autres pays, mais aussi beaucoup de singularités. D’un point de vue militaire, il se distingue par sa stabilité, sa dimension maritime et sa dimension régionale. Cette dimension régionale se traduit, entre autres, par sa contribution à la Minusca (Mission des Nations unies en Centrafrique). Les forces armées gabonaises y sont engagées avec un bataillon en permanence et depuis longtemps. Le Gabon est aussi le siège d’institutions régionales, notamment celui de la CEEAC et son état-major. Il se distingue aussi très concrètement en mettant à disposition de ses partenaires des infrastructures et des facilités pour les accueillir. Songez que sur les 10000 militaires de la CEEAC que nous contribuons à former, 5000 le sont au Gabon, parmi lesquels un peu moins de 3000 Gabonais. Donc chaque année, ce sont 2000 militaires de la CEEAC qui viennent bénéficier de ce pôle d’entraînement unique en Afrique centrale.

Aujourd’hui, quels sont les effectifs militaires et civils au sein du camp de Gaulle ?

L’effectif des EFG en poste à Libreville en 2021 est de 370 militaires et de 195 civils, soit 565personnes au total. Sur les 370 militaires, 228 sont en mission longue durée (MLD) pour 2 à 4 ans, 142 sont en mission courte durée (MCD) pour 2 à 4 mois. Sur les 195 civils, 13 sont des fonctionnaires français en poste pour 4 ans en général, 182 sont du personnel civil de recrutement local (PCRL). Les militaires et les civils affectés en mission longue durée sont présents le plus souvent avec leur famille quand ils en ont une. Aujourd’hui, ce sont 120 conjoints et 216 enfants que nous comptons dans la communauté des EFG présente à Libreville.

Sur le plan économique, quelles ont été, pendant votre mission, les répercussions économiques au profit des Gabonais et donc du pays ?

 Il est effectivement important de développer ce sujet. L’impact économique des EFG est visible sur plusieurs aspects. Avec 182 civils de recrutement local sous contrat, principalement à durée indéterminée, les EFG sont un des gros employeurs de Libreville. Plus de 1,5 million € (presque un milliard de F CFA) sont versés chaque année en salaires aux 182 PCRL auxquels il faut ajouter 500000 €/an (328 millions de F CFA) au titre des charges patronales (CNSS, CNAMGS, Trésor public etc.). La consommation des familles de militaires génère des emplois et de l’activité. Le coût global de la scolarité des enfants s’élève à environ un demi-million d’euros/ an (328 millions de F CFA) auxquels s’ajoutent les services de ramassage scolaire pour 38000 € soit environ 25 millions de F CFA et les salaires de 80 employés de maison (hors période covid) : gardiens, jardiniers, ménagères, professeurs particuliers, etc. À ces chiffres, il faut ajouter le montant des dépenses de vie courante que les militaires et leurs familles réalisent sur la place de Libreville. Cette dépense des ménages est évaluée à environ 4 M€/an (soit plus de 2 mds de F CFA) pour une communauté française de près de 700 âmes (enfants compris). Nos activités opérationnelles et notre fonctionnement courant participent aussi à l’économie locale. En dehors de la rémunération de nos agents, les EFG dépensent plus de 8,4 millions d’euros/an (5,5mds de F CFA) pour leurs contrats d’énergie, leur alimentation, le transport, les travaux d’infrastructures, ou encore les loyers des logements baillés. Nos relations avec les entreprises locales jouent également un rôle important puisqu’elles permettent de capter en moyenne 2 millions d’euros (1,312 milliard de F CFA) de marchés chaque année. Plus de 200 entreprises sont sollicitées annuellement pour répondre aux besoins des EFG. Enfin, une quarantaine de logements sont loués dans Libreville auprès de bailleurs privés pour loger le personnel des EFG.

L’une des missions des EFG est de former des militaires de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC). En presque 3 ans, combien ont suivi une formation, dans quels domaines et dans quel objectif ?

Le partenariat militaire opérationnel (PMO) au sein de la CEEAC est la mission principale, mais nous sommes aussi un point d’appui opérationnel et logistique (au profit des unités françaises et partenaires) et j’assume le commandement de deux unités hors Gabon : la mission logistique à Douala et le détachement de militaires français à Bangui. Voici quelques chiffres liés à la formation, malgré la covid-19 : Au Gabon ou dans leur propre pays, près de 10000 stagiaires d’Afrique centrale sont formés chaque année par les unités des EFG au travers de plus de 200 stages hautement spécialisés. L’objectif de ce partage de compétences est toujours d’améliorer les capacités individuelles et collectives des militaires et des forces armées de la sous-région, afin qu’elles puissent contribuer aux missions de souveraineté, de paix et de stabilité. Les domaines sont variés : missions de maintien de la paix, action de l’État en mer, combat d’infanterie, combat des blindés, combat en forêt, combat fluvial, artillerie, génie, formations et entraînement des postes de commandement, techniques aéroportées, maintenance, etc.

Quel fut l’impact de la pandémie sur les activités des éléments français au Gabon ?

La pandémie a induit un ralentissement des activités avec nos partenaires hors Gabon jusqu’en septembre dernier, mais pas d’arrêt puisque les militaires sont venus au travail sans interruption, en adaptant nos méthodes et conditions de travail pour respecter les protocoles sanitaires. Nous avons réussi à maintenir l’intégralité du salaire des PCRL pendant toute la durée de la pandémie, et ce dans le but de protéger les salariés. Cette pandémie n’a provoqué aucun licenciement. Nous avons aussi manifesté notre solidarité par le biais de collecte de nourriture et la mise en place de cuves à eau (1er arrondissement).

À votre haut grade, en quoi consiste une passation de pouvoir ?

Ce n’est pas une question de pouvoir, mais d’autorité. Dans armée, on considère que l’autorité est d’abord un service. La passation de consignes vise à faire en sorte que mon successeur soit à même de s’inscrire dans une certaine continuité tout en conservant sa liberté d’action. Je pars donc fin juillet et le général François Xavier Mabin prendra ses fonctions au camp de Gaulle début août. Ce changement ne fait l’objet d’aucune cérémonie particulière.

Pouvez-vous nous dire où vous partez et pour quelle mission ?

Je rejoins Strasbourg en qualité de chef d’état-major du Corps de réaction rapide européen, aussi appelé Eurocorps. C’est une importante structure appartenant à 5 pays : la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique et l’Espagne, et qui compte en son sein 11 nationalités. Capable de commander des opérations d’ampleur, cette unité travaille à la fois pour l’Europe et pour l’Otan. Je n’en oublie pas pour autant l’Afrique et tout ce que j’ai appris ici.

le 26 juillet 2021

Propos recueillis par : L'équipe du ECE

Camp de Gaulle


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