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Actualité GROUPE ROUGIER : PIONNIER ET LEADER, ACTEUR DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, GESTIONNAIRE FORESTIER RESPONSABLE

Fondé en 1923, le groupe Rougier se positionne comme le gestionnaire responsable d’une importante partie de la forêt du bassin du Congo. Son activité est centrée sur l’approvisionnement et la transformation industrielle locale, sur la commercialisation des produits fabriqués par ses deux filiales africaines, Rougier Gabon et Rougier Congo. Ce groupe est aux commandes de 1,5 million d’hectares de concessions forestières dont il ressort des produits labellisés FSC® ou disposant d’une attestation de vérification de la légalité (norme Legal SourceTM ). 

Au 31 décembre 2022, le Groupe enregistrait 1 500 salariés, quasi exclusivement en Afrique. Au Gabon, Rougier gère près de 895 000 hectares de forêt pour une production de grumes estimée à 450 000m3 en 2023. La projection pour 2024 s’établit à 550000 m3. Au Congo, la concession du groupe Rougier s’étend sur 586 000 hectares de forêt d’où sortent 100 000m3 de grumes par an, dont 40 000m3 de bois débité. L’expertise de Rougier en matière de gestion forestière responsable s’est construite au fil du temps et M. Luc Auguin, directeur général du groupe Rougier, a accepté de répondre à nos questions. 

Portrait de Luc Auguin 

Diplômé d’une école supérieure de commerce, Luc Auguin crée sa propre entreprise à vocation internationale dans le secteur des arts de la table et la dirige de 1986 à 1999. Il rejoint le groupe Rougier en novembre 1999 en tant que directeur du développement commercial puis en devient directeur commercial. Il prend la direction générale du Groupe en 2019. 

EE : Concernant le Gabon, à la lecture de cette présentation et à l’heure du One Forest Summit, il nous semble opportun de vous demander de nous préciser quelles sont les méthodes de gestion forestière qui vous permettent de vous projeter à l’horizon 2024 avec une augmentation de votre production de 100 000 m3. 

Notre modèle de gestion de la forêt au Gabon et au Congo repose sur un système de gestion responsable validé par le renouvellement de nos certifications depuis 2008 au Gabon et 2010 au Congo. La hausse progressive de notre production d’ici à 2024 s’explique non pas par une augmentation de nos prélèvements, mais plutôt par une logique de rattrapage positive et saine de nos plans d’aménagement validés par le ministère de tutelle. Sans entrer dans le détail, les concessions forestières sont divisées en une multitude de zones qui correspondent à une année d’activité. Nous avons accumulé du retard sur l’entrée en activité de certaines zones. Dans cette optique de rattrapage, nous créons de nouvelles équipes, ce qui nous permet de maintenir nos faibles taux de prélèvement : entre 1 et 2 arbres par hectare (soit la superficie d’un terrain de football) tous les 25 ans. Par la mise en place de ces nouvelles équipes, nous visons la création de plusieurs centaines d’emplois directs au Gabon. 

EE : Sur l’ensemble du bassin du Congo, le groupe Rougier gère 1,5 million d’hectares de concessions forestières. Vous produisez environ 550 000 m3 de grumes dont 130 000 m3 sont transformés localement. Que deviennent les 420 000 autres mètres cubes ? Sont-ils recyclés ? 

Il faut savoir que 100 % de notre production totale est transformée soit par nos propres unités de transformation (Mbouma-Oyali au Gabon ou Mokabi au Congo) pour un total de 56 000 m3 de bois débité, soit par nos clients à qui nous fournissons le bois brut pour transformation en sciages, placages et contreplaqués. 

S’agissant du Congo, annoncée pour le 30 juin 2023, la fin de l’exportation de grumes non transformées renforcera notre position d’acteur industriel et de fournisseur de matière bois en amont de la filière de transformation. À cela s’ajoutent des investissements à venir qui contribueront à une augmentation significative de notre production. Dans le cadre de la transformation, selon les produits, nous comptabilisons entre 40 et 55 % de la matière fournie du bois d’œuvre (bois à transformer) ; parmi le reste figurent notamment les rebuts qui permettent d’alimenter nos séchoirs en chaleur. Conformément à notre politique RSE, nous étudions des projets de cogénération qui permettraient de compléter la production de l’énergie thermique avec de l’énergie électrique. 

EE : Écosystème, biodiversité, gestion responsable, etc. vous avez acquis toutes les certifications nécessaires qui permettent au groupe Rougier d’être cité en exemple. Vous travaillez au maintien de ces certifications accordées à 100 % sur vos concessions. Quels sont vos objectifs à présent dans ce domaine ? 

Les 5 concessions forestières que nous gérons, 4 au Gabon et 1 au Congo sont respectivement certifiées 100 % FSC® (forêt et traçabilité) et Legal SourceTM. La certification forestière est une démarche volontaire qui constitue un outil de valorisation de notre système de gestion. Cet outil permet de valoriser le bois que nous produisons dans le strict respect des normes d’aménagement forestier posées par le label de certification qui évalue chaque année, et de manière indépendante, notre planification ainsi que nos pratiques d’aménagement forestier. Mais elle nous permet aussi de contribuer au maintien des services écosystémiques qui regroupent l’ensemble des services que nous rend gratuitement la forêt (séquestration du carbone, biodiversité faunique, fourniture de l’eau et de toutes les valeurs sociales). Les services écosystémiques sont un sujet de développement valorisant pour Rougier et pour toutes les parties prenantes avec qui nous travaillons aujourd’hui. 

EE : Quelle est votre politique de reboisement ? 

Parler de reboisement reviendrait à constater que notre système de gestion est en échec. Or c’est tout le contraire aujourd’hui ! Au Gabon et au Congo, compte tenu des niveaux de prélèvement et de la faible menace sur l’intégralité du capital forestier, les questions de reboisement ou d’enrichissement de la forêt (pour un plus grand volume exploitable commercial) ne se posent pas. Notre mode d’exploitation de la forêt est fondé sur des modèles d’aménagement durable et soutenu de la production qui se traduisent par des prélèvements très faibles du capital forestier et des cycles longs (entre 1 et 2 arbres par hectare sur des cycles de 25 à 30 ans), soit le temps suffisant pour que le volume prélevé se reconstitue. Ce qui signifie qu’entre chaque passage, nous laissons le temps à la forêt de se régénérer et de maintenir sa diversité (la nature décide seule de la nouvelle essence d’arbre qui poussera), ce qui ne serait pas le cas si l’on reboisait. 

En droite ligne avec le PAT au Gabon, nous étudions un projet de plantation de différentes essences, notamment dans le cadre de projets d’afforestation de sols de type savane qui pourraient être valorisés. Ce projet est envisagé avec un partenaire d’envergure, principalement pour la région du Haut-Ogooué, permettant de projeter l’activité sur du long terme. 

*Photo François Zima

EE : Qui est ce partenaire ? 

À ce stade des négociations, nous ne pouvons pas divulguer son identité. 

EE : Permettez-nous de revenir un peu en arrière. Depuis 2010, la filière bois a interdiction d’exporter des grumes, et ce au profit de l’industrialisation locale, notamment dans la zone économique à régime privilégié de Nkok qui a été créée à cet effet. Comment avez-vous réagi à cette nouvelle donne ? 

La fin de l’exportation des grumes brutes en 2010 au Gabon a permis à Rougier de modifier son positionnement vis-à-vis des autorités en adhérant à 100 % à cette politique de développement industriel. Nous sommes impliqués et actifs dans la zone de Nkok dans la mesure où nous contribuons au développement de ce bassin industriel en fournissant à nos partenaires commerciaux, les usines de 1re et 2e transformation de la zone, la matière bois dont ils ont besoin. Ces derniers bénéficient du régime privilégié proposé par la ZES de Nkok. 

EE : Commercialement, quels sont les principaux pays destinataires de vos produits et à quelles fins sont-ils utilisés ? 

Notre marque est réputée sur les marchés du bois à l’international. Notre force commerciale le prouve puisque nous répondons aux demandes en provenance des cinq continents (Europe, Chine, États-Unis, Moyen-Orient et Afrique). Nos produits sont utilisés à des fins différentes : aménagement intérieur et extérieur, nautisme, construction, menuiserie industrielle, etc. 

*Photo Dimitry Klosowsky

EE : Au Gabon, il existe une problématique récurrente dans votre secteur d’activité. Il s’agit du transport de vos grumes jusqu’à destination. La route est parfois difficilement praticable, la voie ferroviaire ne répond pas toujours à vos attentes. Quelles solutions envisagez-vous pour répondre à cette problématique ? 

Il est vrai que nous rencontrons des difficultés logistiques pour alimenter nos partenaires en matière première, notamment les usines locales de transformation du bois, principalement dans des zones du Gabon tributaires du transport ferroviaire, comme c’est le cas du Haut-Ogooué. 

Développer les marchés de proximité et donc limiter l’usage de la logistique locale est une des solutions. Raison pour laquelle nous allons augmenter la production de notre scierie de Mbouma-Oyali qui est dans le Haut-Ogooué et allons ouvrir une usine de déroulage sur le site de cette usine, avec un partenaire. Nous y reviendrons ultérieurement. 

Une autre solution, plus innovante, est celle que nous étudions avec l’entreprise Flying Wales. Lors du One Forest Summit, nous avons signé un mémorandum d’entente permettant d’engager des discussions approfondies avec cette entreprise qui propose de transporter jusqu’à 60 tonnes de grumes à transformer par ballon dirigeable semi-électrique, ce qui constituerait une véritable révolution du transport dans le secteur de la foresterie où nous assumons d’ailleurs notre leadership en matière d’innovation. Un des axes de notre politique RSE nous pousse à trouver des solutions innovantes pour limiter notre empreinte au sol ainsi que notre empreinte carbone, et c’est dans ce sens que nous souhaitons avancer. Commercialement parlant, adopter ce mode de transport nous permettrait d’en réduire considérablement la durée et de passer de quatre jours (durée du transport terrestre) à moins d’un jour au Gabon. Quant au Congo, le délai serait réduit de quinze jours (durée du transport fluvial) à un jour. 

EE : Justement, quelle est votre politique de RSE ? 

Nous consolidons les cinq axes de la politique RSE du groupe Rougier. Pour ce faire, nous nous appuyons sur le respect des droits humains, sur les règles de gouvernance responsable et l’éthique des affaires, sur la valorisation des collaborateurs et celle du développement communautaire ; sur la protection de l’environnement et la préservation de la biodiversité, la valorisation des services écosystémiques forestiers et enfin, sur la limitation de l’empreinte carbone du Groupe, en adoptant une démarche écoresponsable. 

Les résultats sont probants. La politique de valorisation des compétences locales se traduit par une diminution significative de la masse salariale expatriée qui, en 5 ans, est passée de 28 étrangers à 5. Au Gabon, le montant moyen de la rémunération des salariés de notre groupe est de 480 000 F CFA, soit trois fois le minimum légal. Nous avons également une politique de logement pour tous nos cadres, nos agents de maîtrise et nos ouvriers qui sont logés dans des maisons équipées avec des standards précis, suivant le statut des salariés. L’ensemble des agents du groupe Rougier bénéficie aussi de la partie sociale interne : mercuriale des prix dans l’économat, électricité, école et santé (consultations, médicaments et campagnes de dépistage) gratuites, prise en charge médicale des accidentés du travail à Libreville pour un budget mensuel évalué à 1 million de F CFA par personne). 

Au Congo, le groupe Rougier prend aussi en charge la scolarisation de 1 530 enfants, le logement de ses salariés (153 maisons) et leur santé (2 753 consultations médicales gratuites pour 2022). 

*Photo François Zima

EE : Souhaitez-vous aborder un sujet que je n’ai pas évoqué ? 

Il m’est agréable de souligner que le groupe Rougier est engagé dans plusieurs projets de développement au Gabon et contribue à son développement, dans deux provinces en particulier. Dans le Haut-Ogooué, nous lançons une unité de déroulage (lancement des constructions début juillet sur notre site de Mbouma-Oyali avec un démarrage de l’activité de production au premier trimestre 2024). L’estimation de créations d’emploi est d’environ 200 personnes dans un 1er temps. La production dans la scierie existante et la production en forêt augmenteront de 70 000m3 par rapport à 2023 (passage de 110 000 m3 à 190 000 m3). Dans l’Ogooué Ivindo, nous poursuivons notre développement avec une reprise de l’activité de Rougier pendant la saison sèche dans les zones tampons de notre concession (zones tampons du parc d’Ivindo), avec une concentration accrue de nos effectifs sur la ville d’Ovan, ce qui aura un impact évident sur le développement de la ville (bassin de consommation). 

le 15 mai 2023

Anne-Marie Jobin

Industrie, Bois, Groupe Rougier


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